La transformation des cultures en carburants est un mal nécessaire. Face à la flambée du cours du pétrole, qui a atteint les prix record de 147,50 dollars en juillet dernier avant de reculer par la suite, la production des biocarburants est plus que jamais à l'ordre du jour, donnant lieu par conséquent à de vifs débats.
Ceux-ci portent notamment sur la menace que la transformation des matières agricoles, notamment les céréales, en carburants constitue pour la production destinée à nourrir les genre humain et animal. Cette menace a été au cœur des débats lors d'une session spéciale du Conseil des Droits de l'Homme (CDH) sur la crise alimentaire mondiale, la semaine dernière à Genève.
Les travaux de cette session ont été marqués par l'intervention de Mohamed Loulichki, ambassadeur, représentant permanent de la Mission du Royaume du Maroc auprès de l'Office des Nations unies à Genève qui a insisté pour que la production des biocarburants soit soumise à des conditions et à une réglementation stricte de façon à préserver la culture de base. Certes, selon le diplomate marocain, ce type de biocarburants contribue à diversifier les ressources énergétiques, dans un contexte marqué par la crise alimentaire mondiale consécutive aux fortes pressions liées à la demande sur le marché mondial des produits de base et au renchérissement spectaculaire du coût de l'énergie, en particulier dans les pays non producteurs de pétrole.
Toutefois, affirme-t-il, la production des agrocarburants doit se plier à des conditions et à une réglementation stricte de façon à préserver la culture de base et faire en sorte que les terres arides et semi-arides soient affectées à la production de ce type d'énergie. Cette question est devenue urgente puisque la production des biocarburants comme sources d'énergie de substitution a réduit de manière significative les superficies des terres consacrées aux cultures de base, a-t-il relevé. Il a également profité de cette occasion pour présenter les efforts du Maroc visant à faire face à cette crise alimentaire, tout en insistant sur le rôle à jouer à ce sujet par la coopération internationale et un système de commerce international équitable et plus attentif aux besoins des pays en développement.
A ce sujet, il a notamment présenté le "Plan Maroc Vert", qui porte la nouvelle stratégie nationale, ayant pour vocation de réaliser un développement agricole ambitieux.
Il s'agit, a-t-il ajouté, d'un programme pragmatique destiné à assurer le développement rapide de l'agriculture marocaine et l'accroissement annuel du PNB, à la mesure des potentialités du pays. Mohamed Loulichki a précisé que ce plan s'articule autour de deux piliers, en l'occurrence le développement d'une agriculture performante, adaptée aux règles du marché, grâce à une nouvelle vague d'investissements privés, organisés autour de nouveaux modèles d'agrégation équitable, et l'adoption d'une approche orientée vers la lutte contre la pauvreté, en augmentant significativement le revenu agricole des exploitants les plus fragiles, notamment dans les zones périphériques. Par ailleurs, la tentation de la production des agrocarburants fait tache d'huile. Même le Maroc, pays confronté à un stress hydrique, est atteint par cette tendance. Toutefois, pour ce recours à la production des biocarburants au Maroc pour atténuer la dépendance du pays des énergies fossiles, il faudra aborder, selon les spécialistes, la problématique dans sa globalité, en faisant un bilan qui prend en considération tous les aspects.
Certes la transformation des cultures en carburants peut être une solution pour le tarissement des ressources énergétiques fossiles qu'incarne le pétrole et pour lutter contre le réchauffement climatique et c'est vrai que cette expérience a fait ses preuves dans certains pays comme le Brésil. Toutefois, nuancent ces spécialistes, ce n'est pas donné à tous les pays d'en produire. Ainsi, estiment-ils, pour le Maroc, tout projet de production des agrocarburants doit prendre en compte deux considérations. Premièrement, le Maroc est un pays qui souffre d'un manque d'eau chronique. Ce qui nécessite de réserver cette ressource en priorité aux cultures destinées à l'alimentation humaine et animale, avant de penser à en profiter des projets de la production des énergies. Il faut donc recourir aux plantes qui peuvent produire des carburants, sans consommer beaucoup d'eau, comme la jatropha. De même, ajoutent-ils, pour ce genre de projets, il faudra mobiliser d'autres terres dans des régions désertiques pour ne pas concurrencer les cultures vivrières.
Pour le deuxième aspect, qui est économique, il s'agit du rôle de la fiscalité dans ce choix énergétique. En effet, les produits pétroliers sont fortement fiscalisés, puisque les impôts constituent plus des deux tiers des prix des carburants. Or, un litre du biodiesel coûterait 6 DH hors taxe. Si on ajoute les taxes, la production des agrocarburants ne sera pas viable économiquement. Il faut donc, pour cela, une fiscalité adaptée.
Projets pilotes
Le Royaume compte actuellement quelques projets pilotes pour la production de ces carburants dans certaines régions comme Missour, Erfoud… Ces projets sont portés notamment par des ONG. Mais l'Office chérifien des phosphates (OCP) s'y met aussi. L'OCP a en effet introduit au Maroc la plante la jatropha curcas, dont les fruits ne sont pas comestibles, mais peuvent produire de l'huile à moteur, après leur transformation. Le projet est piloté par le Centre d'études et de recherches des Phosphates minéraux de l'Office.
Selon les spécialistes, la jatropha semble être la plante d'avenir pour la production de biocarburant. Il pousse à l'état sauvage dans de nombreux pays tels Madagascar, l'Egypte, l'Amérique centrale, l'Amérique du Sud ou encore l'Inde, le Cambodge, le Laos et plusieurs pays du Sahel. Des sociétés norvégiennes, indiennes et britanniques sont en compétition pour acheter ou bien louer d'immenses parcelles de terre africaines pour la plantation de jatropha : au Malawi, en Zambie, au Swaziland, au Mozambique et en Afrique du Sud, au Niger, des pays tels que le Mali et le Mozambique ont créé des groupes spéciaux pour la promotion du jatropha.

















