Ils se font appeler « PDG » avant d’être Directeur Général
« Moi aussi je suis PDG maintenant ». Mais celui qui le proclame est bien à la tête d’une Société à Responsabilité Limitée. Au fond, et juridiquement parlant, il n’est même pas Directeur Général.
Le Directeur Général est le manager désigné par le Conseil d’Administration d’une Société Anonymes pour gérer les affaires générales de la société. Ce qui veut dire que celui qui est à la tête d’une SARL ne peut être un Directeur Général, mais juridiquement parlant un gérant : un thème un peu réducteur ? Soit.
Ce qui est regrettable c’est le contenu que l’on donne au petit poste de Gérant qui n’acquiert son vrai contenu que le jour du compte. Que les gérants de SARL s’appellent Directeur Général, il semble bien que nous nous y plaisons plus. Mais pour le fond, on ne peut pas proclamer une chose avant de le devenir ou de l’obtenir. Le vrai paradoxe c’est que des gérants de SARL se font appeler « PDG » et caractérisent leur gestion par un abus de pouvoir qui dépasse les pouvoirs d’un Directeur Général légitime.
Ils délèguent facilement, mais laxistes
Il appelle la Directeur Administratif et Financier dans son bureau. Celui-ci lui présente les chiffres, il n’en comprends que le solde et les sorties – il a ses priorités qui ne sont pas directement celles des départements. Mais comme il peut s’entendre avec le DAF, bon le reste passe. Il ne veut pas comprendre au-delà des chiffres présentés. Quand il ne s’y connaît pas, il fait semblant de l’étudier à fonds en le gardant trop longtemps. Et quand le DAF n’est pas là il ne peut parler « finance ». C’est certainement dangereux. Les Directeurs Financiers se trompent plus souvent sur les appréciations que les Directeurs Généraux qui ne le sont que lorsqu’ils orientent trop leur appréciation vers les finances ou refusent d’écouter les financiers. Celui qui doit fournir l’information de décision ne peut se substituer au décideur.
« Le technicien va s’en occuper ». Si vous êtes Directeur Général, vous avez comme impression que votre travail est terminé ici. Quand le prochain qui n’a pas atteint son objectif s’explique à tort par la non disponibilité du matériel, vous avez bien envie de reprendre le processus. Ce n’est pas votre travail de veiller à ce que le matériel soit disponible mais c’est bien votre rôle de veiller à ce que quelqu’un y veille effectivement. Vous avez affecté les rôles et les ressources et vous êtes surpris que le travail n’ait pas été bien fait. Sachez que les rôles n’ont pas été bien compris.
Ils refusent de se fondre dans la masse
J’ai choisi de me faire appeler par mon « petit » prénom au bureau. Mes collègues trouvent cela bizarre. Ils ont « forcé » et défoncé ma porte pour m’appeler « DG » mais je leur ai dit que je ne réponds pas à cette appellation (pour des raisons juridiques) au point où ils m’appellent « DG » quand il s’agit de blaguer ou d’insinuer que j’use de ma position (une scène que je supporte avec beaucoup de détachement et de sportivité). Seulement, les mêmes personnes me trouvent trop regardant côté professionnel. C’est d’ailleurs ce dont j’ai tendance à me réjouir. Se fondre dans la masse pour partager rapidement le petit goûter ou la pause café. Ceux qui s’habituent à cet instant sont rapidement surpris par une certaine rigueur professionnelle qui se déclare et se manifeste juste après. Tous pour la performance pourvu qu’il y ait la performance.
J’ai décidé un moment de prendre mon petit recul pour m’éloigner de la masse. Quand j’avais décidé de redescendre à nouveau, j’ai découvert de la pourriture. Je ne vivais plus les problèmes quotidiens de mes collègues. Trop loin d’eux, il y a eu bien de choses qu’ils n’ont pu partager avec moi. J’ai fait un triste constat en rentrant dans un service. J’interrogeai un membre du service pour en savoir plus. « C’est bien pire que ce que tu as vu », m’a-t-il confié.
Je m’éloigne d’eux pour qu’ils ne se confondent pas à moi. Alors comme je ne vis pas leurs réalités, ils ne verront pas pourquoi ils en parleraient à celui qui ne peut les comprendre. Je me rapproche d’eux, ils ne me cachent plus rien. J’en profite pour glaner de l’information. Le petit choix ?
Ils sont inaccessibles
Il y a d’abord la secrétaire, bien dans son rôle, qui filtre les accès sauf ceux de ses rivales. C’est vrai que tout le monde ne devrait pas avoir accès au Directeur Général. Mais notre question c’est, pourquoi cela n’est pas possible. On nous a déjà répondu que « le DG, c’est le DG ». Que retenir du point de vue « efficacité » ? Il est foncièrement rare de tomber sur une secrétaire qui filtre bien les accès à son Directeur Général. Un jour, j’étais aller distraire un directeur général le temps de le relancer sur un dossier. Sa secrétaire m’a fait comprendre qu’il était occupé et vraiment occupé. J’avais commencé par composer son numéro quand la secrétaire me rassura de ce qu’elle s’occupera de vérifier si son directeur général pouvait me recevoir. Bonne nouvelle : j’ai obtenu l’accès. Une fois entré chez le Directeur Général, je n’avais pas fait plus de 3 minutes. Mais il était mal occupé. Il m’a fait entrer malgré lui ? La secrétaire avait-elle été influencée par moi ? De toutes les façons, une fois entré j’avais compris qu’il était très occupé, je me suis retiré. Ce dont la secrétaire ne s’était pas doutée sans doute. Elle ne sait pas filtrer.
Il y a une question à laquelle nous n’avons pas répondu. Pourquoi le Directeur Général devrait-il se faire inaccessible. Une seule explication scientifique. La rareté crée l’importance. Pour paraître important, il faut se faire rare. D’accord. Mais entre l’agent d’entretien qui n’est pas rare, qui nettoie le bureau du Directeur Général, peut lire dans ses notes, faisant semblant de les classer – lui qui peut lire dans les dossiers des autres collaborateurs directs du Directeur Général – qui est plus important ? Si j’ai l’information clé sur ce qui est rare, je suis plus important que lui.
Ils emportent les pouvoirs en leur absence
On n’aime pas les délégataires laxistes du moins pour des raisons de performance. Pour ceux qui emportent les chéquiers au cours de leur voyage de 45 jours, c’est peut-être encore pire ? Une entreprise fait un chiffre d’affaires de huit milliards (8.000.000.000) de Francs CFA. Nous avons un chèque de Un million deux cent mille à retirer et on nous demande d’attendre le retour du Directeur Général. Ceci est tout à faire normal si c’est la procédure qui le prévoit ainsi. Mais les procédures valent ce que leurs rédacteurs et surtout leurs promulgateurs veulent.
Lorsque le Directeur Général peut encore administrer l’entreprise à distance (Internet, vidéoconférence…) on pourrait bien s’en réjouir. Mais quand tout s’arrête, le personnel a l’herbe coupée sous le pied. C’est vrai aussi que c’est difficile de faire confiance aux gens quand vous n’êtes pas l. Entre se faire tromper en son absence et se faire tromper en sa présence, je crois que le dernier est pire. Mais j’ai bien peur que les Directeurs Généraux qui emportent tous les pouvoirs dans leurs valises sont ceux qui se font plus tromper.
Ils s’abandonnent au « fou du roi »
Le chef service vient de transmettre un dossier à son sympathique Directeur Général. Il était sûr que cette fois-ci il a monté un bon dossier et le Directeur Général l’en a rassuré. Quelques instants après, le Directeur Général, avec la peur de prendre une mauvaise décision fait appel à son « Conseiller Spécial ». Il y en a de bons qui les éclairent véritablement dans leur prise de décision. Mais il y a les fous qui regardent d’abord de qui émane le dossier. Sa tête ne leur plaît pas et ils émettent leur petite réserve qui accentue le doute du Directeur Général. On n’y pourra rien le Directeur Général ne donnera pas son accord pour le dossier, même si au fonds c’est bon pour l’entreprise.
Je devrais vendre un site Internet à une entreprise. En entretien avec le Directeur Général, j’avais fini d’articuler mon argument de vente. Voyant que je disais des choses qu’il ne voulait entendre tout seul ni garder pour lui seul, le Directeur Général fit appel à son conseil spécial. Ce dernier lançant une objection qui me bloqua dans l’élan que j’avais pris. Je n’ai pas obtenu le marché pour d’autres raisons peut-être. Mais sept mois après le site était réalisé mais le Directeur Général n’avait atteint aucun de ses résultats malgré le lancement à grandes pompes. J’en étais pour rien.
Ce fou, personne ne l’aime. Mais le mauvais Directeur Général base ses décisions sur son conseil. Il ne jure presque que par lui comme s’il l’avait envoûté.
Ils voyagent beaucoup
Enfin c’est ce que les gens finissent par retenir. Notre « DG » n’est pas là. Notre « DG » est en déplacement. Au fond on ne peut pas péché d’avoir voyagé. Et pour maintenir les relations avec ses partenaires (fournisseurs, clients et parfois le siège), il faut que le Directeur Général se déplace quand même. Il peut y avoir plusieurs raisons au voyage d’un directeur général. Il y en a de pertinentes. Il peut y en avoir de foncièrement pas pertinentes. Le vrai problème n’est pas à ce niveau. Quand le Docteur Yayi Boni avait accédé au pouvoir en avril 2006, il avait inauguré son règne par un voyage prématuré au Nigéria le 08 avril 2008, un des plus fructueux qui a permis de juguler les pénuries d’essence qui s’éternisaient juste avant son accession au pouvoir. On avait dit peu aux gens sur ce voyage. Et des voyages et des voyages. Les critiques ne se sont pas faites attendre : « Il voyage beaucoup ».
Quand les communicateurs du Président du « Changement » ont décidé d’étaler avec auréoles les fruits de ses voyages et ceux à la fin de chaque séjour à l’étranger, le bruit courait moins. On peut reprocher à un « DG » de trop voyager si on en sait peu sur les retombées réelles de ses voyages. En général les gens supposent que le voyage a été juste un autre prestige pour le « puisant prince ». Ce reproche pourrait tarir si les « DG » pouvait parler des retombées pertinentes de chacun de leur voyage. Ne me dîtes pas que ce n’est pas l’affaire de ceux qui critiquent.

















