Aujourd’hui le dirham est surévalué par rapport à certaines devises. L’évolution des monnaies des marchés crée des distorsions que le dirham ne pourra longtemps supporter.
Les difficultés que rencontrent l’industrie marocaine et l’agriculture à l’exportation posent avec de plus en plus d’acuité la question des taux de change. Le positionnement du dirham par rapport aux monnaies étrangères, particulièrement celles des pays avec qui le Maroc commerce, cause problème aujourd’hui aux opérateurs économiques. Pour les agrumes, 40% des exportations étaient absorbées par le marché russe jusqu’à la chute du rouble de plus de 20%.
Le textile et le cuir se trouvent pratiquement sinistrés par l’appréciation de l’euro et l’évolution de la livre sterling, handicaps qui s’ajoutent à la concurrence des produits chinois. La bonne tenue de la monnaie européenne, les effets de la crise, alourdissent le climat pour le tourisme dont la saison s’annonce morose. Mais si le dirham est un élément important dans les échanges commerciaux à l’international, il ne peut à lui seul être la réponse aux difficultés rencontrées. La crise financière mondiale, dont on ne peut ignorer les répercussions sur l’économie nationale, pose non seulement la question des taux de change, mais également la mise à niveau des structures.
Quelles que soient les mesures prises ou à prendre au niveau de la monnaie, celles-ci n’éviteront pas les réformes structurelles et une production nationale plus développée à la fois en qualité et en quantité. Le taux de change du dirham, aussi important soit-il, n’occulte pas le besoin impérieux de l’amélioration de la productivité.
Il y a deux aspects, deux approches, pour une stratégie monétaire: Un. La baisse de la devise, qui est souvent mécanique du fait d’une relation avec une ou plusieurs devises, ou encore le fait des marchés internationaux qui sanctionnent les économies les plus faibles; Deux. La dévaluation, qui, bien organisée, est avant tout une anticipation. Elle ne peut réussir que si elle est accompagnée d’un plan dont elle n’est qu’un élément, et dans une économie où l’inflation est maîtrisée. On peut laisser filer sa monnaie, comme le font les Américains, ou dans le cas du dirham lui accorder une flexibilité plus ou moins grande sur le marché des changes accompagnée d’une libération du compte capital.
Stratégie
On peut recourir à la dévaluation, mais c’est une arme délicate à manier. Elle peut pour un temps donner un coup de fouet aux exportations et protéger les produits locaux contre la concurrence étrangère, particulièrement chinoise. Mais ses effets induits, comme la surchauffe ou l’inflation, le renchérissement inévitable du coût de la main d’œuvre, risquent d’annuler les avantages de cette mesure en laissant une économie traumatisée.
Il faut reconnaître qu’aujourd’hui le dirham est surévalué par rapport à certaines devises. L’évolution des monnaies des marchés où l’économie marocaine est présente crée aujourd’hui des distorsions que le dirham ne pourra pas très longtemps supporter. Le rouble russe a baissé de plus de 30%, la livre anglaise de plus de 20%, le dollar de plus de 25% et sa chute est loin d’être jugulée. L’euro s’apprécie contre toutes ces monnaies et, représentant 83% du “panier” fixant la parité du dirham, il entraîne mécaniquement une surévaluation du dirham, préjudiciable aux échanges de l’économie marocaine.
Souplesse
La dévaluation qui pour être efficace ne peut qu’être brutale (à deux chiffres) est-elle la réponse adaptée à la situation présente? Sûrement pas, compte tenu des déséquilibres de la balance commerciale et du manque de productivité et de capacité de grands pans de l’industrie marocaine, spécialement la filière textile et cuir. Il ne faut pas, non plus, sous-estimer l’effet négatif qu’aurait une dévaluation sur les investisseurs étrangers et les détenteurs de participations directes ou indirectes des capitalistes étrangers.
Cette mesure rehausserait également le service de la dette extérieure publique qui pour 2009 s’élèvera à 15,2 milliards de dirhams.
Certes, une dévaluation favoriserait pour un temps les exportations, mais, dans le contexte socio-économique actuel, pèserait lourd sur le développement de la classe moyenne marocaine compte tenu de l’importance des importations et du déficit de la balance commerciale. La baisse du coût des matières premières plaide pour une solution technique plutôt que pour le recours à une dévaluation.
C’est pourquoi le dirham doit baisser. Les effets de la crise mondiale qui vont être de plus en plus visibles dans l’économie marocaine ne permettent pas que la situation actuelle perdure. Les exportations sont fortement handicapées, le tourisme dans la peine et les transferts des RME en baisse.
Le recours à un régime de change plus souple permet à chaque pays de se situer dans une palette de positions offertes par l’évolution des différentes devises. Une politique volontariste de change peut améliorer la compétitivité de plusieurs secteurs à l’exportation, comme le textile ou le cuir. Elle peut permettre la reconquête de parts de marché perdues. Sans recourir à la dévaluation qui, par ses effets pernicieux et psychologiques, entraînerait inévitablement une inflation incontrôlable, il faut faire baisser le dirham d’une façon mécanique en modifiant le “panier” actuel des devises lui fixant sa parité. Un rééquilibrage, par l’introduction d’une ou deux autres devises, baisserait l’influence de l’euro qui tire vers le haut la devise marocaine.
Le yen ne devant pas se réévaluer pas plus que la monnaie chinoise (le yuan), le rouble russe ou la livre anglaise, le dollar continuant sa baisse et cela pour encore pas mal d’années, le dirham ne peut que baisser, et il baissera inéluctablement, dans l’intérêt de l’activité économique du Maroc.

















