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Surproduction, contrebande…, les cours de l’amande s’effondrent, les agriculteurs s’inquiètent

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Sale temps pour les producteurs locaux d’aman-des qui ne sont pas loin de considérer la campagne 2009 comme sinistrée. La raison ? Cette fois-ci elle n’est pas liée à la pluviométrie mais plutôt à une question de rentabilité. Les cours sont, en effet, en plein effondrement. Kamal Himmich, gros producteur de la région de Meknès, affirme que le prix offert est de l’ordre de 6 DH le kilo pour les amandes avec leur coque (brutes) contre 12 à 15 DH en 2007 et autour de 12 DH en 2008. Kamal Himmich n’est pas un cas isolé, il est relayé par d’autres producteurs à l’instar de Mustapha Laraki ou encore Hassan Benabdeljalil qui affirment que l’hectare a rapporté à peine 15 000 DH contre 35 000 DH, en moyenne sur les années passées.

Le cours se situe entre 33 et 65 DH/ kg contre 43 et 90 DH l’année dernière
Les producteurs ne sont pas les seuls à s’inquiéter. Leur fébrilité a gagné les négociants en gros comme Mohamed Boussekssou. Ce dernier parle d’une forte invasion de la contrebande qui l’empêche, cette année plus que les autres, de placer la marchandise locale qu’il a achetée auprès des producteurs. Un autre professionnel parle de la perspective d’arrachage pur et simple envisagé par certains producteurs qui ne veulent pas engager des frais de cueillette que le prix de vente ne couvrirait même pas.
Kamal Himmich, comme beaucoup d’autres agriculteurs qui se sont engagés récemment dans la culture moderne et intensive, considèrent que jamais le cours n’a été aussi faible et que c’est la pire année pour le secteur. Ils affirment que plusieurs producteurs songent à se retirer de cette culture et se reconvertir dans une autre, moins risquée.
Au ministère de l’agriculture, tout en reconnaissant le poids grandissant de la contrebande, essentiellement con-centrée au nord du pays et en provenance d’Espagne, à travers les présides de Sebta et Mellilia, on tient à préciser que la raison principale de la baisse anormale des prix est due à la bonne récolte qui est passée de 15 000 tonnes en moyenne annuelle à une production actuelle estimée à 20 000 tonnes. A vue d’œil cela représente un bon milliard de DH sur une base de 50 DH le kilogramme net d’amandes. Selon le ministère, une enquête réalisée au début de ce mois de décembre, les prix de vente au détail étaient de l’ordre de 40 à 65 DH, selon le calibre et le terroir. Quant au prix de gros, ils ont oscillé entre 35 et 60 DH, selon la variété. Sauf que, parallèlement, dans le nord du pays, les prix de vente du kilogramme d’amandes ne dépassent pas 25 DH, ce qui déséquilibre le marché d’une manière notoire. Une chose est sûre, les cours ont chuté d’une manière vertigineuse et, à Casablanca, ils sont au détail entre 33 et 65 DH contre une fourchette allant de 43 à 90 DH, une année auparavant.
Autre source d’inquiétude soulevée par les producteurs, les importations. Au ministère de l’agriculture, on explique que l’amande nationale est bien protégée puisque les droits de douane sont de 49% ad valorem (hors TVA). Et, actuellement, c’est à peine si le Maroc importe quelque 120 tonnes en provenance de l’UE (France, Allemagne, Pays-Bas et Espagne) et 50 tonnes des USA.

Protégées contre le libre-échange avec les USA pendant 15 ans
Et, justement, l’inquiétude des professionnels vient du fait que les accords de libre-échange avec les Etats-Unis -qui sont le premier producteur mondial- annoncent de sombres horizons pour le secteur. «Nous sommes au Maroc dans une perspective en porte-à-faux. D’une part, le gouvernement est engagé dans une logique claire d’encouragement de la culture de l’amande. Et un programme comme le Millenium challenge, initié par les USA justement, prévoit des aides pour ceux qui vont choisir cette culture. Mais, d’autre part, lorsqu’on ouvrira les portes de l’importation au géant américain, je ne donnerai pas cher du secteur car il faut savoir que l’amande revient chez nous à 25 à 30 DH le kilo alors que le cours mondial est de l’ordre de 10 à 15 DH», constate un professionnel.
A propos de ces accords et de leurs répercussions, Moha Marghi, secrétaire général du ministère de l’agriculture, relativise : «Nous avons négocié la protection du secteur pendant une période de 15 ans de manière à donner aux professionnels le temps de se mettre à niveau et de gagner en performance et en compétitivité, cela ne peut être que salvateur pour eux». En attendant, ce sont les ménages qui profitent de cet effondrement des cours.
Zoom :Une consommation de 5 kg/hab/an


La culture de l’amandier occupe une superficie totale de 144 000 ha. Au Maroc où l’on consomme 5 kg par an et par habitant, il y a ce qu’on appelle les plantations traditionnelles (ou de cueillette) localisées au Rif et en zone de montagne comme Al Hoceima, Amezmiz, Demnate…avec des densités de 60 à 100 arbres par ha et cela représente la trésorerie des petits agriculteurs qui en vendent de petites quantités dans les souks pour avoir des liquidités pour faire leurs achats. Les gros négociants font aussi leur marché de cette variété très demandée. La deuxième variété de plantations (avec des densités allant de 200 à 400 arbres par ha) est plus moderne et produit 70% de la récolte nationale avec des unités à Fès, Meknès, Béni-Mellal, Marrakech, Essaouira, Taza et Oujda, selon Ahmed Oukabli, expert de l’amandier au Maroc et haut fonctionnaire au ministère de l’agriculture. La superficie occupée par la culture semi-intensive et moderne n’excéderait pas 50 000 ha, une donnée confirmée par le ministère de tutelle. La productivité reste faible dans les plantations traditionnelles et ne dépasse guère 0,5 tonne/ha contre 3,5 tonnes pour les plus performants (amandes en coque)

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